Témoignage d'un réfractaire du STO

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Témoignage d'un réfractaire du STO

Message  Vini le Lun 2 Mar - 16:11

Bonjour à tous,

Je vous propose de lire ce témoignagne de la vie de Monsieur Grimoux, pendant la période de l'occupation, qui refléte très bien la vie quotidienne, les doutes, les craintes,etc...

Bonne lecture.

"1939.

La France entrait en guerre alors que vous aviez seize ans, et en peu de temps, elle fut occupée par les Allemands. Une lutte contre l'occupant s'organisa, et en réponse, la Gestapo déportait facilement en camp de concentration les opposants au régime d'occupation.

Vous assistâtes ainsi au passage des réfugiés français venant de l'Aisne. Ils devait être receuillis par le maire de Saint Cyr le Gravelais. qui devait les placer dans les fermes. Ils fuyaient devant les Allemands et passaient sur la route nationale à La Gravelle en voitures hippomobiles. Ces dernières, chargées des objets les plus précieux, s'entassaient et se gênaient dans leur avancée… C'était la débâcle.


Les hommes de la région, que vous connaissiez bien, furent mobilisés pour cette nouvelle guerre, et les plus chanceux, peut être, ne revinrent que quatre ans après… Vous en connaissiez quatre déportés, seulement un (1) est revenu. Les autres n'ont pas survécu à la déportation.


Une compagnie de l'armée allemande passa une nuit dans la ferme où vous travailliez. Et il y eut même une fois en 1939-1940, un sabotage organisé entre La Gravelle et Le Pertre : des fils téléphoniques avaient été sectionnés. En guise de sanction orchestrée par les autorités allemandes, le maire du lieu-dit fut obligé de recruter des hommes parmi ses administrés pour monter la garde, en plein hiver et de nuit, le long de cette route électrifiée. Par deux fois vous fîtes partie de cette garde, accompagné de votre employeur, Mousieur Viol. Il fallait s'adapter à la nouvelle vie quotidienne de ces temps de guerre ; pour ne pas être aperçu par les avions, il vous était nécessaire de recouvrir de peinture bleue claire les phares de votre vélo, à l'exception d'une bande horizontale de cinq centimètres sur un. Il en était d'ailleurs de même pour les patrouilles allemandes qui vous contrôlaient le long du parcours.


Un événement malheureux vous marqua ce jour là. M Emile Viol, qui réalisait des livraisons pour un voisin à la gare de marchandises réquisitionnée par l'occupant, se retrouva écrasé entre un wagon et le quai en gare de Saint Pierre la Cour ; et, sans secours, ne pouvant plus respirer, il mourut là asphyxié… Bien vite Pierre Arthuis vint prévenir sa femme. Vous étiez là. Madame Viol éclata en sanglots ; elle avait deviné que quelque chose d'anormal s'était passé.

C'était le 27 septembre 1940

Elle fit sa vente de matériel et de bétail à la Toussaint prochaine pour partir se retirer de l'Ermitage. Puis enfin dans le bourg à la Gravelle.


Le 27 avril et le 24 juin, jour de la Saint-Jean et à la Toussaint, étaient les dates habituelles pour assister dans le monde rural à cette époque à la transmission des locations et à l'embauche renouvelée des ouvriers agricoles. C'est ainsi qu'en novembre 1941, vous continuâtes votre service, toujours en tant qu'ouvrier agricole, mais chez les successeurs de vos patrons. Vous sentîtes très rapidement un changement d'atmosphère de travail. Là où votre ancien employeur aurait été heureux de vos initiatives, le nouveau s'en offusquait. Ce dernier tenta un jour de mettre en service un moteur fonctionnant au charbon de bois (gazogène), mais il n'y parvint pas. Restant près de l'appareil, vous réussîtes à le faire démarrer. Entendant le bruit du moteur de la maison où il s'était rendu, il revint dans l'aire, un peu furieux, et vous commanda de ne plus y retoucher. Sa femme appuya cet ordre… Vous estimâtes que ce jeune coq, qui venait d'épouser sa femme, une veuve plus aisée que lui, se contrôlait très mal. A table, lorsqu'il refermait son couteau, cela signifiait pour tout le monde que le repas était terminé. Il vous fallait donc choisir le bon moment pour vous enquérir d'un quignon de pain, que vous terminiez de manger en sortant de table…

Le changement se fit également sentir dans l'attitude en privé de vos employeurs à votre égard ; attitude -il faut bien l'avouer- peu avouable et honnête. A la fin de l'hiver, un jour, en passant près de la buanderie et en soulevant une toile de jute posée là sur un tréteau, vous découvrîtes dessous votre paire de chaussettes que vous cherchiez depuis quelques temps. Vous supposez que votre patronne, qui vous blanchissait alors, avait voulu vous la voler… Cette paire de chaussettes, vous y teniez tout particulièrement, car elle vous avait été offerte par vos chers tante et oncle de Rethel, et parce qu'en ces temps rigoureux, vous n'aviez que celle-là en état de servir. Bien que malheureux de cette découverte, vous n'en parlâtes pas et n'osâtes même pas la récupérer.

A cette époque, il fallait en outre posséder une carte d'alimentation délivrée par la mairie pour s'acheter nourriture et vêtements ; et vous n'en aviez pas. Et il n'y avait même pas de chiffons pour vous faire des chaussettes russes. Face à ces individus mal intentionnés. Vous ne voulûtes pas rester plus longtemps chez eux. Mais ils réussirent malgré tout, en bons profiteurs, à vous faire faire tous les travaux des foins avant votre départ

Vous aviez affaire à des gens indélicat

Il n'y avait pas de bonne place pendant la guerre. Le 24 juin 1942, vous étiez embauché chez Hémon à La Galeuchère, près de Ruillé-le-Gravelais, par une femme dont le mari était prisonnier de guerre en Allemagne. Là vous attendait la fenaison, et l'herbe des foins n'était même pas coupée. Voilà le double dur labeur que cela vous a coûté de vouloir changer d'employeur ; mais vous étiez tellement écœuré de la précédente situation.

Les journées de travail vous paraissaient longues, car vous auriez voulu que l'exploitation tourne mieux, mais la patronne et la bonne (Elle n'était selon vos souvenirs, bonne qu'à mener une poule pisser) ne semblaient pas vous épauler à la hauteur des espérances et des besoins. Et si le patron donnait ses ordres d'Allemagne, ceux-ci arrivaient hors saison. C'est ainsi qu'il fallait faire par exemple au printemps le travail qui se faisait normalement en hiver. Une telle situation finissait par vous décourager.

Il faut dire aussi que vous aimiez les défis et les occasions permettant de vous surpasser ! Voilà qui expliquerait également une partie de votre déception face à votre nouvel emploi. Monsieur de La Rivière, le propriétaire de la ferme, se promenant, vous surprit ainsi dans une situation quelque peu originale et déconcertante. Alors que vous labouriez un champ grâce à quatre chevaux, il fut étonné de constater que vous chronométriez votre temps et que vous placiez des jalons au bout des rayons afin de contrôler votre rendement à la tâche…

Le 24 juin 1943, vous changiez encore de lieu de travail. Il s'agit d'une exploitation sise près de la même commune, qui s'appelait La Grande Batardière, chez Louis et Marie-Louise Paillard.

Dans ces temps de restrictions et de contraintes, l'équipement des ménages était restreint et les gens de la ville manquaient de victuailles. Il se pratiquait des échanges, résumés bien souvent sous le terme de " marché noir ".

Vos nouveaux patrons ravitaillaient ainsi un fonctionnaire de Laval : pour vous procurer un pneu neuf de vélo, ils lui remirent du beurre. Mais votre joie fut de courte durée, car en montant ce pneu sur la bicyclette, vous vous aperçûtes qu'il n'était pas de la bonne dimension. Il ne vous resta plus qu'à placer une emplâtre sur l'ancien pneu…

Bien que ces patrons vous paraissent alors affables, parfois trop rigoureux avec vous, vous vous plaisiez dans cet endroit où l'on vous considérait en outre avec égard.

Vous eûtes à peine le temps de vous y habituer

La Noël 1943 augurait en effet une nouvelle période difficile. Après des emplois rudes et instables, auprès d'employeurs pas toujours très honnêtes et fréquentables, une nouvelle expérience allait vous mener cette fois vers la clandestinité.

A la fin du mois de décembre, l'administration allemande obligea le maire de Ruillé-le-Gravelais à choisir deux jeunes hommes du pays, nés en 1923, pour effectuer le STO (Service du Travail Obligatoire) en faveur de l'occupant. Sur cinq ou six jeunes de cette année-là présents à Ruillé, il ne se trouvait que " deux ouvriers agricoles qui n'étaient pas fils à papa "… Vous étiez de ces deux moins bien lotis par la vie, comme destinés à remplir cette contrainte.

Un choix ? D'après votre entourage, ce fut surtout le choix du maire, préférant peut être envoyer ces deux jeunes ouvriers plutôt que la progéniture d'une personne bien placée au sein de la commune… Echange potentiel de bon procédé entre personnes dites du même monde…

C'est ainsi que tôt, le matin du 28 ou du 29 décembre 1943, Monsieur le Maire, vous emmenait tous deux dans sa carriole à la gare de Laval. Vous et votre compagnon d'infortune, n'étiez pas sans parler tout au long du trajet de vous faufiler.

Votre conducteur se mit à avoir très peur de représailles au cas où vous lui auriez faussé compagnie ! Arrivés à la gare de Laval, il s'assura que vous étiez bien montés dans l'autobus, puis, ayant bien rempli son rôle, il repartit…

Les cars Hocdé d'Evron devaient nous emmener je ne sais où, eux non plus. On aurait dit qu'ils savaient pas oû aller car on tournait en rond dans Saint Nazaire pendant 2 heures. C'est pour cela que nous arrivions en retard à notre destinination. Voir et aussi notre évasion en Décembre 1943 en ces pages en Mars 1944.

Dans ce convoi se suivaient deux ou trois cars, et la destination du voyage n'était pas assurée pour enfin arriver dans un camp à Donges. Ville déjà industrialisée pour le raffinement du pétrole en Loire-Atlantique, vous y entendiez parler une langue que vous ne compreniez pas. C'est d'ailleurs de là que partaient des équipes demandées par l'entreprise Todt afin de construire les blockhaus en béton du Mur de l'Atlantique. à Montoir de Bretagne. Il devait être onze heures, peut être minuit, quand vous arrivâtes au terme du périple, et vous aviez faim. Mais comme ce n'était plus l'heure de la " popote ", on ne vous servit du café dans de simples assiettes ! Vous fûtes contraints de boire comme dans un abreuvoir parce qu'en outre vous n'aviez pas de cuillères pour saisir le café dans vos assiettes… Essayez cela sans tremper le nez dans leur contenu. Le lendemain, au lever du jour, vous aperçûtes dans le ciel, à quelques kilomètres de là, les immenses " saucisses " qui s'élevaient dans les airs en direction de Saint-Nazaire C'était des ballons d'observation. Il étaient utilisées pour la protection aérienne : vous entendîtes dire que lorsqu'elles étaient abaissées, cela signifiait qu'un bombardement était imminent.

Des ouvriers français se rendaient par camions, tôt le matin, sur les chantiers de Montoir. C'était également la destination que vous alliez tous deux suivre, quand ces Messieurs les Allemands auraient le temps de s'occuper de vous.

A votre inscription pour le STO, les autorités allemandes conservèrent votre carte d'identité afin d'être sûres de ne pas vous voir repartir… Seulement, c'était sans compter l'esprit de rébellion de ces deux compagnons.

La situation ne semblait d'ailleurs guère plaire à tous ces nouveaux appelés. Vous aviez vu des ouvriers recalcitrant, déjà en place, sans doute incomplètement soumis, se faire battre à coup de nerfs de bœuf, ce qui était loin de vous rassurer. Aussi entendîtes-vous raconter que quelques uns des appelés avaient filé à l'anglaise sans demander leur reste… Fallait-il partir ou non ? L'idée germait toujours dans ces deux esprits mayennais. A pied ou par le train ? Aujourd'hui ou demain ? Au début hésitants, vous décidâtes finalement avec Jules Blanchard de revenir au pays ensemble par le train.

Le 2 janvier de l'année 1944.

Il ne fallait pas se faire remarquer ; vous deviez être très prudents.

Mais le départ était organisé. Vous allâtes tout d'abord à la requête, chez un particulier à Donges, pour lui demander de bien vouloir recueillir vos valises pour quelques heures. Cet homme et son épouse furent très complaisants ; ils habitaient une petite ferme à l'entrée du bourg et étaient d'accord pour conserver vos paquets. Mais vous n'aviez pas ces deniers sur vous. Il fallait maintenant retourner au casernement pour aller les chercher et les ramener ici. Vous étiez inquiets malgré les apparences, parce qu'il allait vous falloir ressortir du camp et le traverser avec vos bagages à déposer dans le lieu convenu, en l'occurrence dans l'étable de vos serviables passeurs. Mais non dénués de culot, vous êtes retournés une troisième fois au campement pour vous restaurer avant le grand départ. A la sortie cette fois, vous avez rencontré les Allemands sans être néanmoins inquiétés plus que cela ; vous n'avez toutefois pas traîné pour aller retirer vos valises déposées deux ou trois heures auparavant, et monter dans le train. Heureusement, il n'y avait que quelques centaines de mètres à parcourir avec vos paquets entre le lieu du dépôt et la gare."


Suite post suivant (manque de place..)

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Message  Vini le Lun 2 Mar - 16:13

"La nuit venait de tomber, vous souvenez-vous…

Heureux concours de circonstances, vous avez bénéficié de la complicité de ces braves gens, mais aussi de celle du chef de gare, qui apparemment avait deviné l'aventure périlleuse à laquelle vous vous risquiez tous les deux. Vous aviez aussi tiré profit du relâchement de vos gardes-chiourmes -comme vous appelez les sentinelles allemandes- pendant les fêtes de fin d'année…

Réfractaires, vous deveniez…

L'itinéraire de la fugue du retour par la voie ferrée fut d'après vos souvenirs : Nantes, Le Mans et Laval.

A chaque gare, il vous fallut attendre la correspondance du train suivant, soit au moins trois à quatre heures, avec tous les risques et les dangers que cela comportaient. Et ce, même si vous n'étiez pas isolés dans les salles d'attente, et partiellement cachés au milieu de la foule. Des civils, des Allemands qui heureusement ne s'occupèrent pas de vous s'y côtoyaient. Peut être pensaient-ils que vous partiez… en vacances de neige…

Mais il fallait voir le pêle-mêle indescriptible régnant dans chaque gare. Vous étiez allongés à même le sol parmi d'autres personnes, la tête sur votre sac de voyage, essayant de dormir ou de vous reposer plutôt car le bruit des trains passant sur la voie proche vous assourdissait.

Le voyage dura de seize à dix-huit heures, et vous n'étiez pas encore arrivés au terme du périple : il restait plus de vingt kilomètres à parcourir… à pied. Mais Jules, qui connaissait beaucoup de gens, reconnut un épicier dont le commerce était de collecter lait, beurre et œufs dans les fermes pour ensuite les revendre en ville. Comme celui-ci s'en allait à vide, il accepta de vous emmener dans sa camionnette, assis sur les bidons de lait. Vous parvîntes ainsi jusqu'à La Chapelle du Chêne près de Loiron. Quelques kilomètres alors vous sépaaient seulement du lieu de votre tout premier départ pour le STO… Vous les fîtes tous deux à pied, de nuit, à travers champs le plus souvent, afin de ne pas éveiller l'attention et de ne pas inciter les gens qui vous auraient vus à dévoiler votre présence par leurs bavardages nuisibles.


Enfin, vous arrivâtes chez le père Henri Racine à la ferme dite La Mohardière, l'employeur de Jules, votre compagnon de route. Celui-ci dit à sa fille Marie Thérèse d'aller prévenir votre patron à La Grande Batardière, sise à un kilomètre cinq cents. La nouvelle de ce retour fut vite communiquée … Votre employeur Louis Paillard amena même un voisin, le père Jean Rocher, car tous voulaient connaître et entendre vos péripéties. Dans vos souvenirs, ce jour et ce moment furent vécus très intensément. Vous vous rappelez, avec considération, que ces trois fermiers avaient un bon état d'esprit vis-à-vis des subalternes que vous étiez, à leur service.


Il fut convenu à l'issue de ces retrouvailles que vous coucheriez dans l'immédiat pour plus de sûreté à La Guillomnière chez le père Jean Rocher. Sa femme vous prépara un bon plat ; vous vous sentîtes tous deux restaurés comme il faut. Un peu de bien être et de douceur de vivre arrivait à point. Vous vous régalâtes aussi d'une bonne bolée de cidre. Vous oubliez un temps la qualité médiocre de la subsistance et les restrictions des jours précédents. Deux nuits vous vos reposâtes et dormites dans le grenier à foin de ce brave homme qui avait trois enfants âgés de onze à dix-sept ans ; il n'y avait en effet pas d'autres couchettes que ce grenier, et cela était plus discret…


Avant de partir pour le STO, le maire vous avait dit à tous deux que votre séjour devait durer trois mois. Il fut donc décidé, avec le commun accord de vos employeurs, que vous ne devrez pas réapparaître dans la région tant que ce temps imparti n'était pas écoulé ; puis, au moment venu, vous deviez revenir de là-bas, comme si de rien n'était. L'escapade et le retour prématuré allaient ainsi être cachés et tenus au secret grâce à quelques personnes de connivence…



Vers le 3 janvier 1944

Malgré la nécessité de vous cacher, Jules et vous aviez récupéré vos bicyclettes pour repartir vers un nouvel asile de clandestinité le matin du troisième jour de votre arrivée.Ce retour vous permit également de prendre la température et de ressentir l'ambiance qui régnait à ce moment entre occupants et occupés. La majorité des Français, notamment ceux de votre région, n'avaient pas les Allemands en odeur de sainteté. Ils étaient d'ailleurs traqués de toutes parts par des îlots de résistance ; les sabotages commis à leurs dépens les mettaient sur les dents ; et, ils faisaient ainsi des patrouilles de plus en plus fréquentes la nuit. Il s'agissait alors pour vous, à bicyclette, de jouer à cache-cache pour éviter de les rencontrer, d'autant plus que la déportation allait bon train pour le moindre motif. Sous la coupe de cet occupant aux abois, il ne faisait pas bon. Un de vos oncles paternels, Francis, fut par exemple envoyé en camp de concentration en Allemagne en janvier 1944, parce qu'il avait prêté des vêtements à un déserteur allemand.


C'est pourquoi vous décidiez de partir tôt, afin d'éviter de rencontrer une quelconque patrouille… La route de la Gravelle était très fréquenté par les Allemands parce c'était la route Paris - Brest. Vous alliez devoir quitter votre ami d'aventure, Jules Blanchard, lui vers la Baconnière chez quelqu'un qu'il connaissait bien, vous à Bourgon. L'itinéraire était le suivant: La Gravelle, Saint-Pierre-la-Cour, et enfin pour parvenir chez lui à La Lardais, le domicile de votre oncle Léon Oger, un des frères de votre mère. Tous d'ailleurs plongés dans le sommeil quand vous arriviez chez eux vers les six heures du matin, vous les surprîtes beaucoup, d'autant plus qu'ils ne savaient pas apparemment que vous aviez été emmenés et astreints au STO. Vous annonçâtes en outre que vous veniez ici vous cacher ! Vous leur racontâtes alors l'aventure périlleuse que vous veniez de traverser… Puis tout le monde retourna se coucher pour tenter de dormir une heure environ, en attendant l'aube. Cette famille d'adoption se composait de sept personnes : votre oncle, la tante Josette, sa femme, ses quatre filles âgées de trois à douze ans, et enfin la tante Gabrielle, sa sœur qui vous rapprochait des vôtres…

Sur le macadam ou plutôt sur les routes empierrés vous entendez encore le bruit de l'emplâtre qu'il y avait dans le pneu, à chacun des tours de roue de bicyclette. Mais c'était ainsi en ces temps de crise.
En attendant la fin des événements et l'armistice, vous aidiez aux tâches quotidiennes de la ferme de vos oncle et tante. Mais au bout de huit jours, il fut décidé que vous éliriez domicile chez la belle sœur de votre oncle, Louise Oger, qui habitait tout près, à la ferme dite La Rabotinière. Vous considériez que votre oncle n'était pas tellement du genre à prendre de risques ; et cela ne lui coûtait pas trop cher de vous faire loger chez sa belle famille, tout en vous ayant à sa disposition. La Rabotinière était une ferme plus petite que la sienne ; elle était gérée par trois femmes, Louise Oger, et ses deux filles de vingt-et-un ans.


Comme convenu avec le maire, les trois mois échus vous êtes revenu chez votre patron Louis Paillard, feignant de revenir du STO. Mais dans les jours qui suivirent, vous apprîtes que les Allemands vous recherchait à La Gravelle…

Votre père s'appelait Jean comme vous, avait été prévenu par le secrétaire de mairie de l'époque, Monsieur Bouvet, que vous étiez recherché. Mais comme il ne répondait pas â l'âge requis, ils étaient repartis bredouilles.
Ausstôt, Papa alla vous prévenir qu'il vous fallait à nouveau repartir vous camoufler. Et vous ètes reparti à la lendemain matin, la première heure.

Déjà évadé si vous étiez été pris, vous avez encouriez d'être déporté en Allemagne,.En ces moment d'incertitude, vous avez vraiment eu peur. Si vous étiez réellement rechercher, vous étiez passible pour d'aller dans un camp de concentration

Mais, déjà les Allemands devaient savoir qu'un autre pays préparait un débarquement imminent, mais il ne savaient où il aurait eu lieu, vous vous êtes toujours figurés qu'il ont été dépassé par les événements.


D'après vos patrons, vous aviez été dénoncés par le fermier François Pivert qui résidait dans la ferme à côté. Ces gens ne semblaient pas avoir de bonnes relations avec leurs voisins car ils faisaient du marché noir avec les Allemands pour gagner plus sur la marchandise qu'ils vendaient. Ils vous paraissaient être redoutés et craints, justement à cause de leur bonne relation avec l'occupant. Vous ajoutez que vous trouviez que le couple faisait bien la paire. C'étaient des collaborateurs dans toute la splendeur du terme… Ils n'avaient semble-t-il ni hésité ni eu de scrupules à vous dénoncer… Vous revîntes donc vous cacher dans votre repaire de clandestinité…


L'année 1944

Pauvrement et dans l'incertitude, vous viviez les difficultés du moment (..) Ce n'était pas comme ces modestes Parisiens qui n'avaient rien à se mettre sous la dent. Vous aviez à manger.

Un soir d'hiver, votre patron Louis Paillard vint vous apporter dans votre refuge de vos effets qui étaient restés chez lui et dont vous aviez besoin. Son moyen de locomotion était forcément le vélo. Il resta dîner avec vous, puis reprit la route. Il vous apprit plus tard qu'il avait alors été arrêté par une faction allemande. Par bonheur, il se tira d'affaires en racontant une histoire quelconque, tout autre que ce qu'il venait réellement de faire. Ce moment passé ensemble n'était en effet que risques. Et vous, étiez bien obligés de vous accommoder de ce train-train de réfractaire vivant en cachette à La Rabotinière. Mais étant d'un tempérament actif, cela ne vous empêcha pas d'essayer de trouver des tâches à réaliser dans d'autres fermes, avec le plus de discrétion possible. Vous récupériez toutefois très souvent des travaux durs et programmés à la journée, avec sur la table pour vous rassasier, un plat de résistance pas toujours à la hauteur de la rudesse du labeur effectué.

Un jour, chez le père Linais qui demeurait à La Ville Etable à Bourgon, vous eûtes à enterrer une vache, qui, malade, avait fini par mourir. Auparavant, il trouva bon de découper des morceaux de viande, qui constituèrent votre repas pendant les trois jours qui suivirent. Et cet ancien soldat de Grande Guerre de 14-18, endurci aux rudes épreuves, s'en nourrit également pendant une semaine. Dans le langage de la campagne, on disait que vous mangiez de la " vache crevée " !

Pas assez de manger de la vache enragée...

A un autre moment, vous passâtes aussi quatre semaines à La Chapelle Erbrée, chez Pierre Rubin, qui était charron et était marié avec une cousine de votre mère. Il vous occupait en vous demandant de réparer des tonneaux dans les fermes… Bercé tel que vous l'aviez été dans la campagne profonde, vous appréciez ce monde de l'artisanat, malgré les départs matinaux, malgré le froid parfois, malgré les contusions que vous collectionniez en vous donnant des coups de marteaux maladroits sur les doigts lorsque vous deviez enfoncer les cercles autour du tonneau…

Nous arrivons en juin 1944…

La rumeur, et quelques journaux qui osèrent s'exprimer, vous apprit qu'un débarquement avait eu lieu sur les côtes normandes. Vous n'aviez pas vous de TSF pour vous en informer car il ne se trouvait pas dans la commune de Bourgon deux paroissiens qui avaient les moyens financiers d'en détenir une ; ces produits étaient de plus très rares… Mais la nouvelle se confirmait… Déjà les avions ronronnaient au-dessus de vos têtes ; vous vous souvenez des batailles aériennes au-dessus des toits. Vous avez vu tomber des avions, entendu crépiter les mitrailleuses… Votre oncle, Léon Oger, craintif, mais aussi prudent, se couchait à ces moments-là dans les fossés afin de ne pas être touché. Il avait fait la Grande Guerre et en avait en effet gardé une solide expérience… En d'autres circonstances, c'étaient des groupes de bombardiers qui viraient au-dessus de vous et allaient larguer leurs bombes à Laval, situé à Vingt-et-un kilomètres. Pour paralyser le trafic de la retraite allemande, vous entendîtes plusieurs fois des avions alliés mitrailler les trains sur la gare de Saint-Pierre-la-Cour à quatre kilomètres de chez vous. Aller voir un avion allemand abattu vous faisait même un but de sortie le dimanche ! Un jour, vous assistâtes cette fois-ci à l'atterrissage d'un avion américain non loin d'ici, dans un champ. Le voisin qui l'avait aidé à se cacher des patrouilles allemandes fut un temps inquiété ; mais il eut la chance de finir par bien s'en tirer à l'aube de la victoire alliée…

Samedi 4 août 1944 :

Vous vous rappelez que vous n'étiez pas très bien renseignés sur les évènements de la guerre, surtout les derniers. Depuis plus d'une mois vous entendiez naïvement sans comprendre ce que cela signifiait, les bombardements sur la côte normande et vers le nord de la Mayenne.

Vous vous trouviez ce jour-là à La Lardais, et des bruits de camions vous parvenaient anormalement. Poussé par la curiosité, vous allâtes voir avec vos cousines d'où cela venait et ce qu'il en était… C'étaient les Américains qui arrivaient en camion ; ils passaient sur la route à trois cents mètres de là, et se dirigeaient vers Saint-Pierre-la-Cour.

Le lendemain, le dimanche, vous passâtes tout l'après-midi à La Brécinière, à voir défiler les Américains qui venaient vous libérer.


Le temps passa… Les troupes alliées repoussaient l'ennemi hors de France. En février 1945, vous repreniez à vivre libérer, mais sans papiers d'identité… Les Allemands avaient conservé votre carte à Donges, et celle-ci était depuis passée on ne sait où… En cours d'année 1945 vous refaisiez donc faire vos papiers à la mairie de Bourgon où vous réappreniez la vie de citoyen libre.


Mais les combats n'étaient pas encore achevés… Vous fûtes invités en 1945 à rejoindre l'armée pour terminer la Seconde guerre mondiale… Les recruteurs appelaient d'abord les jeunes hommes nés en novembre et décembre 1923. Vous deviez donc rejoindre la caserne Desjardins à Angers. Deux jours plus tard, vous étiez dirigés ensuite à Le Blanc dans l'Indre pour effectuer votre service militaire. Dans les baraquements où vous logiez, il n'y avait pas de chauffage et en cette fin d'hiver 1945, il faisait froid. Là commença votre véritable apprentissage militaire : marche au pas, présentation des armes, etc.… Il fallait connaître les grades et vous n'étiez pas très doués pour cela."


Source: Biographie de Monsieur Grimoux.

Cordialement,

Vini.

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