Une commune pendant la guerre... souvenirs d'Ampoignés

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Une commune pendant la guerre... souvenirs d'Ampoignés

Message  MaskedK le Sam 11 Oct - 16:49

Salut tout le monde

à l'occasion des commémorations des 70 ans de la Libération, Monsieur le Maire m'a fait l'honneur de me demander de lui rédiger un petit historique de la Commune pendant la seconde Guerre Mondiale (basé sur des entretiens avec des personnes âgées de la commune et donc leurs souvenirs, ainsi que de la bibliographie (Marc Vallée et d'autres).

Je vous soumets ici le texte complet.. n'hésitez pas à me faire part de vos remarques (et je plaide pour une certaine euh... bienveillance de votre part, c'est la première fois que je soumets un de mes écrits ainsi!) Embarassed

Le voici:

Le 03 septembre 1939, la sonnerie du Tocsin annonce l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne Nazie en réponse à l'agression de la Pologne. La mobilisation provoque le départ des maris, des pères ou des frères pour un front lointain où, vu d'ici, rien ne se passe pendant de longs mois. C'est la « Drôle de Guerre » qui durera jusqu'au 10 mai 1940.

Pendant l'hiver 1939, cette guerre alimente les discussions familiales et les journaux vantent le moral des soldat, les exploits des aviateurs et l'invincibilité de la Ligne Maginot.

Le 10 mai 1940, c'est un réveil brutal : les Allemands attaquent vite et fort et bousculent les armées Hollandaises, Belges, Anglaises et Françaises.

En un peu plus d'un mois, les Allemands atteignent Château-Gontier où leur artillerie incendie l'église Saint Jean. Le 19 juin 1940, les colonnes allemandes arrivent à Ampoigné. De brefs combats, quelques coups de feux partent dans le Bourg, une mitrailleuse française est mise en batterie au coins du Château, son servant est tué et c'est la fin. De nombreux soldats français en retraite sont fais prisonniers à Ampoigné, à Mée. Leurs armes sont fracassées contre un angle de mur, les effets militaires devenus inutiles sont abandonnés sur place : casques, masques à gaz ou munitions jonchent les fossés et feront le bonheur des gamins du coin. Nos soldats partiront ensuite pour une longue captivité en Allemagne. Certains « coloniaux » seront prisonniers dans une maison du bourg de Mée pendant plusieurs mois, quelques enfants du village parlent avec eux et les alimentent en lait frais après l'école.

Les réfugiés du Nord sont là aussi, les routes sont noires de monde. L'entraide est réelle, ces gens sont démunis. Une dame servira ainsi de la soupe tous les jours aux gens de passages, des familles de l'Aisne ou du Nord trouveront refuge ici où là en fonction des chambres disponibles recensées par M . Le Maire qui passait compter les cheminées de chaque maison. Cette cohabitation durera plus ou moins longtemps. Ainsi une famille d'Ampoigné a accueilli 13 personnes pendant 3 semaines.

Ici, les adultes aideront aux travaux des champs en échange du gîte et du couvert, là ça sera un réfugié parlant l'Allemand qui réussira à éviter par de longues négociations la réquisition des chevaux de traits de la famille d'accueil.

L'été 1940 marque les débuts de l'Occupation. Les Allemands réquisitionnent les chevaux pour leur Armée, les chambres pour leurs Officiers et aucun poulailler n'est à l'abri du pillage par l'Occupant. Désormais, tout est rationné, compté, la production agricole est envoyée en Allemagne.

C'est l'époque des tickets de rationnement. Si l'on a pas faim à Ampoigné grâce à la production de la ferme et du jardin, la vie quotidienne est tout de même bien compliquée : les déplacements se font à pied ou à vélo, trouver des vêtements ou des chaussures neuves demande de faire la queue devant le magasin de Château-Gontier. On voit le développement du troc : nourriture contre habit, beurre contre chambre à air de vélo. La campagne nourrit la ville qui fournit en retour des objets du quotidien.

Il faut aussi ruser avec l'Occupant : le blé est porté discrètement au moulin et voilà le pain de la famille assuré pour un moment... et toujours ça que les Allemands n'auront pas !

C'est aussi le développement du système « D » : plusieurs chambres à air enroulées autour de la jante remplaceront le pneu de vélo devenu introuvable. Le confort n'est pas tout à fait le même... mais au moins, ça roule !

La guerre dans tout ça ? C'est loin et les préoccupations concernent la vie quotidienne. Il y a bien au début des prisonniers évadés qui cherchent une cachette pour souffler et continuer leur périple vers leur famille. Certains trouveront dans quelques fermes des environs un accueil aussi simple que discret et des habits civils qui leur permettront de continuer leur route.

La guerre est lointaine. Les Allemands installent ici des canons camouflés dans un verger, là un site de regroupement des chevaux réquisitionnés. L'activité aérienne est visible. Un jour, un avion de chasse provoque une certaine émotion à Mée en se débarrassant au dessus de la commune d'un inoffensif réservoir d'essence largable... confondu avec une bombe. D'autres fois, ce sont les champs que l'on retrouve au matin jonchés de petites bandelettes d'aluminium : ces dernières ont été larguée de nuit par les bombardiers anglais allant bombarder Lorient, Saint Nazaire ou Nantes pour tromper les radars allemands.

Arrive juin 1944 et le Débarquement allié sur les côtes normandes. La presse vichyste dénonce l'invasion et le bouche à oreille local se réjouit de ce « début de la fin ». Il faudra toutefois encore deux longs mois pour que les Américains se dépêtrent du Bocage Normand par des combats meurtriers. Enfin, à la fin du mois de juillet, les Américains percent à Avranches et dans un mouvement rapide d'enveloppement par le Sud, libèrent la Mayenne en fonçant vers Le Mans pour piéger les forces Allemandes dans la Poche de Falaise.

En juin et juillet 1944, les chasseurs alliés sont à l'affût de tout ce qui ressemble à des renforts allemands. Des mitraillages de train ont lieux vers Longuefuyes, des camions Allemands sont détruits à Laigné et Marigné-Peuton. Des drames sont également évités de peu : une innocente machine agricole bâchée pour la préserver de l'humidité nocturne attisera ainsi la curiosité d'un pilote allié qui fera heureusement preuve d'une étonnante et inhabituelle retenue : il tournera ainsi autour du champs pendant que les exploitants débâchent leur machine et poursuivra son vol après avoir constaté que la batteuse n'est pas un canon antiaérien !

Enfin, le dimanche 06 août 1944, les Américains sont annoncés à Craon, Laigné puis Château-Gontier. Les combats de la Libération épargneront Ampoigné, se concentrant à Chateau-Gontier, Azé et Coudray.

Les habitants se ruent à Laigné pour voir passer les colonnes américaines puis françaises avec le passage de la 2ème Division Blindée de Leclerc quelques jours après et les enfants découvrent ici comme ailleurs les cadeaux des GI's : chewing-gum et ce fameux chocolat qui a tant fait défaut pendant les années d'occupation. Des champs servent de parc au matériel ou de camps de prisonniers allemands.
La Libération est marquée par des bals et des feux de joies avant que la vie reprenne assez vite son cours habituel. Même si, à Ampoigné comme ailleurs, certains habitants ont pu se voir reprocher une proximité discutable avec Vichy ou l'Occupant, aucun règlement de compte n'a ici entaché cet événement.

En 1945, l'avancée Alliée en Allemagne permet le retour progressif des prisonniers de guerre et 1946 verra la célébration de nombreux mariages dans les campagnes mayennaises.

MaskedK

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